Publié le mardi 5 août 2008

Jeunes Libéraux, aucune révolution en vue

05 08 2008

Les jeunes Libéraux réunis en congrès cette fin de semaine ont accouchés de quelques propositions sans envergure qui vont déplaire à pas mal de monde à commencer par les syndicats, les étudiants et ceux qui sont contre l’enseignement de l’anglais au niveau primaire. De cet amalgame informe il ne se dégage aucune vision de la société de demain, aucun plan d’ensemble.

Les jeunes Libéraux souhaitent que les mandats de grève et les accréditations syndicales soient soumis au vote secret. Certains vont plus loin en suggérant comme plusieurs à l’ADQ, que la formule Rand soit abolie et que le paiement de cotisations soit volontaire. Ces positions antisyndicales sont les symptômes d’un malaise qu’ont beaucoup de jeunes avec la culture syndicale. Cela date des années 80  quand les clauses « orphelin » qui désavantagent les jeunes travailleurs ont fait leur apparition dans les conventions collectives. Les jeunes qui sont de plus en plus éduqués ont de la difficulté à admettre que seule la séniorité soit considérée dans l’accès à des postes supérieurs et ils ont raison. Tout au long de ma carrière j’ai vu des jeunes talentueux laissés en plan au profit de collègues moins compétents à cause de la séniorité. J’ai vu des talents gâchés et des jeunes perdre leur enthousiasme en attendant le départ des plus vieux. C’est injuste. C’est correct de protéger l’emploi des plus âgés, mais ça ne l’est pas de leur donner en plus une promotion s’ils ne sont pas les plus compétents pour occuper un poste. La promotion dans les postes syndiqués devrait tenir compte des deux aspects. Pourquoi ne pas soumettre les candidats à un examen comme cela se fait pour des postes de professionnels ou de cadres? L’examen servirait à déterminer le candidat le plus compétent. La séniorité servirait alors de critère obligatoire seulement si les candidats démontrent une compétence égale.

Le vote à main levée ne doit pas être un dogme. Il est certain qu’il est plus difficile d’exprimer sa dissidence quand un doit le faire à la face de la majorité. Je crois que le vote secret est plus démocratique comme il l’est lorsqu’on vote en politique. C’est sûr que les syndicats ne seront jamais d’accord avec une telle mesure, car cela ferait fondre sensiblement les majorités. Mais je ne crois pas cela changerait fondamentalement le sens du vote. En ce qui concerne la formule Rand, je pense qu’elle a sa raison d’être, car il serait impossible de faire fonctionner un syndicat sans la contribution de tous les membres. En plus, à quoi servirait un syndicat affaibli qui ne représenterait qu’une partie des travailleurs? Il n’aurait plus la force nécessaire pour obtenir des concessions de l’employeur.

L’idée de tripler les frais de scolarité et de les faire payer par un impôt postuniversitaire est complètement irréaliste. C’est une idée de lendemain de party (a-t-elle été proposée dimanche matin?) qui n’a aucune chance de survivre.  Tout le monde s’entend pour dire que les frais de scolarité ne sont pas assez élevés. Ils augmenteront de 50$ par année jusqu’en 2012 et il faudra sans doute que ça continue ainsi pendant toute la décennie pour que le financement des universités atteigne un niveau qui permette de maintenir et d’augmenter la qualité de l’enseignement.  

L’immersion anglaise en 6è année est une proposition insignifiante. La question de l’enseignement de l’anglais est trop vaste pour l’examiner par le petit bout de la lorgnette. Ce qu’il faut c’est un vrai débat de société pour dégager le plus grand consensus possible pour que les francophones aient une connaissance suffisante de l’anglais à la fin de leurs études. Ce n’est pas normal que les jeunes d’ici parlent moins bien anglais que les jeunes suédois. Il va falloir régler ce problème bientôt, car les unilingues français vont être de plus en plus ghettoïsés dans un monde global où l’anglais se confirme de jour en jour comme l’Esperanza du 21è siècle.

Les jeunes Libéraux se sont contentés de donner quelques coups d’épées à gauche et à droite. Au moment où il faut profondément changer nos habitudes de vie et nos contrats sociaux pour faire face aux défis des 50 prochaines années, ils se contentent de proposer quelques changements mineurs qui n’auront aucune influence déterminante sur notre avenir. Pour faire la révolution nécessaire et changer le monde, il va falloir compter sur la prochaine génération, car celle-là, malgré sa jeunesse, est déjà vieille.